Pama Dieng, chanteur : « Repousser les frontières de la musique sénégalaise »

 

Jeune révélation de la chanson sénégalaise, Pape Mar Dieng dit Pama rêve grand. Benjamin d’une famille d’artistes dont le patriarche et référence n’est autre que le regretté chanteur et grand poète Ndiouga Dieng, Pama caresse le rêve de faire partie des musiciens qui rendront la musique sénégalaise plus universelle. Il vient de lancer le projet de sortir 52 titres, dont un chaque semaine de l’année. Pour y parvenir, il affirme faire de ses compagnons de route l’humilité, le travail, les conseils de son encadrement, entre autres. Entretien…

 

Pama Dieng serait-il chanteur s’il n’avait pas grandi dans une famille d’artistes ?
Un héritage est toujours fort. Même si mon père n’était pas musicien, j’aurais pu devenir musicien tout de même. D’autre part, je reste convaincu que si mon papa exerçait une activité autre que la musique, j’allais lui emboîter le pas car ce qui me lie à mon père est trop fort.

Est-ce lui qui vous a orienté vers la musique ?
Franchement non. Au début, même s’il ne s’opposait pas de manière radicale à ce que je fasse de la musique, la vérité est qu’il était hésitant. Il voulait que je m’occupe d’abord de mes études, et c’est à ça qu’il me poussait.

Avez-vous suivi son vœu ?
Oui, je suis allé au niveau où je voulais aller ; en classe de Terminale. Deux ans avant, mon oncle Aliou Ndiaye était venu voir mon père pour lui fait part de son ambition de travailler avec moi. Mon papa lui avait donné son accord après lui avoir demandé de patienter le temps que je termine mon cursus scolaire. En classe de Terminale, Aliou Ndiaye est revenu voir mon papa qui lui dit ceci : « Je vois qu’il t’intéresse, et comme j’ai constaté que tu es un homme ambitieux et courageux, je te le confie tout en te faisant comprendre que tu seras responsable et rendras compte de ce qu’il deviendra demain ». Il faut souligner qu’entre-temps, des producteurs, des labels sont venus me voir pour travailler avec moi. Ces paroles ont été comme un chant du cygne ou, en tout cas, comme une confidence prémonitoire car mon père est décédé la même année.

Avez-vous suivi le même parcours que certains jeunes chanteurs qui, à leur début, animent des cérémonies comme les baptêmes ?
J’ai chanté très tôt, à l’âge de neuf ans. Des gens venaient et m’amenaient à des séances de lutte populaire (Mbapatt), à des séances de faux-lion ((Simb) aussi. Lorsque mon père a été au courant, il a menacé de m’emmener au « daara » de Coki au cas où je continuerais sur cette lancée. Un matin, il m’a réveillé très tôt et m’a fait mes bagages. Après avoir constaté que j’ai pris peur, il a accepté de renoncer à ce projet et après cela, je suis resté sage. Néanmoins, comme l’ambiance familiale était musicale, avec les instruments de musique dans la maison, je m’y suis exercé, de temps en temps. Je me rappelle la nuit où je suis allé en boite pour assurer les chœurs de notre frère aîné et « khalife », Alpha Dieng. D’abord, Mon frère Momo et moi étions retenus à la porte pour la simple raison que nous n’avions pas l’âge de fréquenter une boite de nuit. Et quand nous sommes entrés à l’intérieur, Momo s’est allongé sur un baffle (haut-parleur) et moi sur ses jambes. Tous les deux avions dormi jusqu’à la fin de la soirée. Par la suite, j’ai continué à assurer les chœurs derrière mes frères aînés durant les vacances, puis durant les week-ends aussi. Il m’arrivait d’assurer les chœurs la nuit et de filer droit, le lendemain, à l’école, à l’insu de mon père. Quand Momo a formé son propre groupe, je suis allé avec lui et nous avons créé notre entité « Ndobine X Band » devenu plus tard « Ndobine Band ». Par la suite, Momo qui a été le premier à prendre son courage à deux mains en virant totalement vers la musique, est allé à l’Ecole nationale des arts et moi j’ai demandé à mon père de m’inscrire dans une école privée secondaire. Nos deux établissements n’étant pas loin l’une de l’autre, je le rejoignais parfois en séchant mes cours ; parfois c’était à la fin du cours. A la fin du cours de Momo, nous allions retrouver un guitariste du nom de Laye Mbow pour des séances de répétition. C’est l’argent qu’on nous remettait à la maison pour faire le transport que nous utilisions pour payer le transport des autres qui participaient aux répétitions. Par conséquent, nous étions obligés de marcher sur le chemin du retour où d’ailleurs nous avons composé beaucoup de nos morceaux. Mon père avait compris, mais il avait laissé faire à condition que je continue à avoir de bonnes notes à l’école.

Par la suite, avez-vous poursuivi votre propre chemin ?
Quand j’ai choisi mon propre chemin, mon « papa » Aliou Ndiaye m’a fait former en communication et en cinéma. Il m’a mis en relation avec des spécialistes qui m’ont bien encadré. J’étais astreint à enregistrer, chaque jour, six morceaux où mon oncle paternel Cheikh Dieng m’accompagnait. C’était très dur. J’ai subi une bonne et dure formation.

Et quand est-ce que le public t’a découvert ?
Mon premier single s’appelle « Thiakati », sorti en octobre 2016. Ensuite, j’ai chanté le Prophète Mohamed (Psl) pour la simple raison que mon père l’aimait beaucoup. D’ailleurs, il avait pris sur lui de lui dédier un morceau. C’est pourquoi, quand il a été rappelé à Dieu sans l’avoir concrétisé, moi j’ai concrétisé ce rêve de mon père. En réalité, j’avais d’autres projets à moi, mais j’avais décidé de réaliser d’abord ce rêve de mon père avant de faire quoi que ce soit. « Al hamdoulilah », quand je l’ai réalisé, j’ai récolté les fruits, je me suis rendu compte que mon papa en était content. Ensuite, j’ai chanté « Beusseul » qui a pour finalité de détendre les gens, après les rigueurs liées aux élections législatives, la pluie et les inondations. Aujourd’hui, j’en suis au projet de 52 titres, dont un chaque semaine.

N’est-ce pas un grand défi, ce projet ?
Dieu nous a dit trois choses : « Offensez-moi et demandez pardon. Ensuite, sollicitez-moi et je vous offre, et enfin, remerciez-moi pour ce que je fais pour vous et je vous en donne davantage ». Il m’a aidé à faire deux morceaux, puis six, et je lui ai exprimé ma reconnaissance. Il a continué à m’aider davantage. C’est lui qui m’a insufflé l’idée de faire 52 morceaux et la force de même que l’inspiration de le faire. Ensuite, c’est un défi pour moi car quand je dis que c’est possible, je fais en sorte que ce soit réalisé. Inchallah, je vais donner un morceau chaque semaine au public, un clip chaque moi durant les 52 semaines de l’année. On pouvait faire plus de 52 morceaux car on ne fait que prélever sur le répertoire de que nous avons déjà. Nous avons juste pris sur nous de calquer le nombre de morceaux sur le nombre de semaines de l’année.

Quels sont vos autres projets ?
Nous préparons une tournée scolaire. Des tournées nationales, sous-régionales et internationales. Cependant, comme la priorité est le « 52 Pc », c’est à cela que nous nous attelons .

Avez-vous des références en musique ?
Oui. Mon père d’abord, car la musique l’a comblé et c’est grâce à lui que j’ai eu le courage de faire de la musique. Je suis convaincu que mon père est au paradis. Je l’ai évoqué dans un de mes morceaux. Pour dire qu’on peut faire de la musique sans que l’activité musicale n’affecte sa foi en Dieu et ses pratiques cultuelles. En dehors de lui, j’ai d’autres références telles que Youssou Ndour, Thione Seck, Baaba Maal, Omar Pène, Ismaïla Lô, Ouza Diallo, Cheikh Ndiguël Lô. Mes références sont nombreuses. Cependant, j’aime beaucoup Youssou Ndour, Baaba Maal, Akon, feu Michael Jackson aussi; je suis beaucoup leur musique.

Aujourd’hui, il y a beaucoup d’étoiles montantes de la musique sénégalaise qui rêvent d’être star. Connais-tu le secret pour y arriver ?
Oui. Il faut travailler, rester humble, tourner le dos aux futilités et écouter les conseils de la personne qui exerce une autorité sur soi.

Votre génération a le défi de porter la musique sénégalaise plus loin. Pensez-vous pouvoir y jouer une partition ?
Bien sûr. Je compte faire partie de ceux qui vont pousser les frontières de notre musique et la rendre plus universelle. Je vais concocter une variété musicale où on retrouvera de la World music, du RnB, de l’acoustique, du Folk et j’en passe. Je compte faire des duos avec des musiciens d’autres horizons. Nous avons fait des recherches et tout le monde se rendra compte des fruits de nos recherches.

Disposez-vous d’un encadrement adéquat pour aller plus loin ?
Oui, du matin au soir, mon encadrement me corrige, me rectifie et me réoriente. Il me fait croire que je dois être parfait tout en me faisant comprendre que nul n’est parfait. Quand je pense aussi à mes fans, je m’efforce de travailler davantage.

Comment vivez-vous votre notoriété ?
Alhamdoulilah. Car tout est parti du Tout-Puissant. C’est Dieu qui choisit des individus au sein de leur famille pour les mettre au-devant de la scène. Je reconnais que le public m’a accepté et m’aime alors que je viens de débuter. A chaque fois que j’organise quelque chose, je fais le plein et c’est toujours à guichet fermé. Je remercie tout le monde.

Cette notoriété n’a-t-elle pas changé vos rapports avec vos anciens amis ?
Non. Mes amis sont les mêmes depuis que j’ai cinq ans. Néanmoins, je me réjouis d’avoir rencontré de nouveaux gens qui me sont d’une utilité réelle. Car, ils me rendent un service inestimable.

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