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San José, capitale du Costa Rica, est devenu le siège de l’opposition nicaraguayenne en exil. Plus largement, c’est dans cette grande ville d’Amérique centrale qu’échouent tous ceux qui fuient le Nicaragua. Depuis les grandes manifestations de 2018 contre son gouvernement qui ont fait plus de 300 morts, le président Daniel Ortega s’efforce de faire taire toutes les voix critiques.

Les journalistes étrangers ne sont pas les bienvenus. L’envoyée spéciale de RFI s’est vue signifier par la compagnie aérienne, quelques heures avant son vol pour Managua, que son billet était annulé. Motif : son entrée sur le territoire n’avait « pas été acceptée » par les autorités locales. La même mésaventure est arrivée à plusieurs journalistes de médias français et étrangers.

Presse locale bâillonnée
La presse locale, elle, est totalement bridée. La pression, déjà importante depuis plusieurs années, s’est accentuée depuis le mois de mai avec la fermeture du siège du plus grand journal du pays, La Prensa, et l’incarcération de son gérant. Menacés, plusieurs dizaines de journalistes ont fui, le plus souvent en direction du Costa Rica voisin.

Abigail Hernandez, directrice du média en ligne Galeria News et membre de l’Association des journalistes indépendants nicaraguayens (PCIN) a pris la décision la semaine dernière. Elle explique être partie en urgence, après avoir été informée par des policiers qu’elle était ciblée et avoir reçu des menaces par téléphone.

« Je ne pensais pas partir. Je me disais, s’ils veulent m’arrêter, qu’ils m’arrêtent ! Mais ensuite, c’est ma mère qui m’a demandé de me mettre en sécurité », raconte-t-elle, très émue. Aujourd’hui, la journaliste de 40 ans tente de trouver ses marques à San José, une ville qu’elle ne connaît pas, mais où elle dit pouvoir compter sur la solidarité de ses confrères en exil pour continuer à informer. « Nous n’allons pas rentrer demain, ni dans deux mois. Mais dans deux mois, je continuerai à faire ce métier », assure-t-elle. « Nous avons l’espoir que si nous continuons à faire notre travail, un changement est possible ». En tout, 54 journalistes membres du PCIN ont fui au Costa Rica.

Un outil : les lois liberticides de 2020
Même à San José, ces journalistes restent prudents. Ils se disent surveillés même de l’autre côté de la frontière. Dans ce petit Nicaragua qu’est devenu San José se croisent d’anciens alliés du président Ortega, des défenseurs des droits de l’homme ou des médecins en exil, menacés pour avoir critiqué la gestion de la crise sanitaire. Plusieurs lois votées en 2020, censées protéger le pays des ingérences étrangères ou des fake news, permettent de faire arrêter quasiment n’importe qui.

C’est dans ce contexte que la campagne électorale pour la présidentielle et les législatives s’est officiellement achevée jeudi. Pas vraiment de débat d’idées : tous les candidats de l’opposition ont été empêchés de participer aux élections, à l’image de Jesus Tefel, qui nous accueille dans son appartement en banlieue de San José. L’entrepreneur avait été désigné tête de liste de l’Union nationale bleu et blanche (UNAB), dans le département de Managua. Mais les primaires de l’opposition, dont les différentes factions avaient péniblement réussi à s’entendre, n’ont finalement jamais eu lieu. En quelques semaines, le statut légal de plusieurs partis a été annulé et les principales têtes d’affiche arrêtées, notamment sept candidats à la Présidentielle.

Source : RFI

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