EUROGATE / France : La justice saisie après un rapport accusant Marine Le Pen de détournement de fonds européens

Déjà mise en examen dans l’affaire de ses assistants parlementaires lorsqu’elle était eurodéputée, la candidate du Rassemblement national aurait, selon ce rapport, détourné plus de 135 000 euros du Parlement européen.

« Escroquerie », « faux », « abus de confiance », « détournement de fonds publics ». Voici la liste des délits susceptibles d’être reprochés à Marine Le Pen et trois autres anciens eurodéputés FN, dont son père Jean-Marie Le Pen. Une enquête de Mediapart, publiée ce samedi révèle qu’un rapport de l’Office européen de Lutte anti-fraude (Olaf) mettant en cause la candidate à la présidentielle, a été remis à la justice française le 11 mars dernier.

Actuellement « en cours d’analyse » par le parquet de Paris d’après Mediapart, ce rapport reproche à la candidate d’extrême droite d’avoir détourné près de 136 993,99 euros d’argent public du parlement de Strasbourg lorsqu’elle y a siégé en tant que députée entre 2004 et 2017.

Outre la candidate qualifiée au second tour de l’élection présidentielle, le texte siglé « sensible », épingle son père Jean-Marie Le Pen, son ancien compagnon Louis Aliot et Bruno Gollnisch, membre du bureau national du Rassemblement national, ainsi que le groupe parlementaire d’extrême droite Europe des nations et des libertés (ENL). Le montant total des sommes réclamées s’élèverait exactement à 617 379,77 euros.

Dans son rapport, l’Olaf indique que les faits mis au jour « sont susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales contre les anciens députés (…) pour les agissements frauduleux qu’ils ont commis au détriment du budget de l’Union ».

Épisode édifiant

Mediapart, qui a parcouru le rapport long de 116 pages, relate un épisode édifiant : en 2010, Marine Le Pen aurait demandé le remboursement de près de 5 000 euros de frais d’hôtel et de voyage de treize militants frontistes participant à une réunion intitulée « Les régions et l’Europe face à la crise financière » organisée par le Front national. Mais dans une lettre adressée au Parlement, l’un des participants a affirmé qu’il s’agissait en réalité de préparer l’élection interne pour la présidence du FN.

Afin d’obtenir le remboursement, celle qui était à l’époque députée européenne, aurait accroché un drapeau européen au mur et envoyé des photos au Parlement de Strasbourg, selon cette source. Une fois les photos prises, elle aurait désigné le drapeau et lancé : « Rangez-moi cette merde. » Un récit contesté par Marine Le Pen qui a estimé que ce témoin voulait sans doute « se venger » en envoyant cette lettre.

L’avocat de Marine Le Pen, Rodolphe Bosselut, a répondu aux journalistes de Mediapart, pointant du doigt la « coïncidence » de la publication de l’enquête avec « la campagne du second tour des élections présidentielles », affirmant que sa cliente n’a jamais eu accès au rapport de l’Olaf et mettant en cause l’indépendance de cet organisme dépendant de l’Union européenne.

Pour rappel, Marine Le Pen est déjà mise en examen depuis 2018 pour détournement de 339 000 euros de fonds public dans l’affaire de ses assistants parlementaires européens. Elle est en effet soupçonnée d’avoir fait travailler des eurodéputés, normalement au service exclusif du parlement de Strasbourg, pour le compte du Rassemblement national.

En campagne lors de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen avait refusé de répondre aux enquêteurs qui tentaient de mettre en lumière cette affaire dénonçant « une instrumentalisation de la justice ».

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