UNE CUILLÈRE D’ARGENT DANS LA BOUCHE / L’homme le plus riche du monde : Elon Musk a-t-il construit sa fortune sur un héritage familial ?

L’origine de la richesse du patron de Tesla, SpaceX et peut-être bientôt de Twitter suscite fantasmes et rumeurs.

Elon Musk a créé la surprise, lundi 25 avril, en obtenant l’accord du conseil d’administration de Twitter pour le rachat, à hauteur de 54,20 dollars par action, du réseau social, valorisant ainsi l’entreprise à environ 44 milliards de dollars. Si certains doutent que l’opération aille jusqu’à son terme,  ce raid hors normes sur l’un des réseaux sociaux les plus influents au monde donne une idée de l’étendue de la richesse (et du réseau) de ce milliardaire natif d’Afrique du Sud. En deux ans seulement, de 2020 à 2022, la fortune d’Elon Musk est ainsi passée de 26,4 milliards à 219 milliards de dollars, d’après Forbes, qui le classe en tête des personnes les plus riches de la planète. Une fortune essentiellement composée d’actions de ses deux sociétés: SpaceX et Tesla. Autre distinction accordée par le magazine économique américain à Musk, un « self-made score » de 8/10, considérant ainsi qu’il a bâti sa fortune lui-même.

Sur les réseaux sociaux, pourtant, des internautes relaient régulièrement une rumeur selon laquelle le milliardaire aurait en réalité hérité sa fortune de son père, propriétaire d’une mine d’émeraude (ou de diamants selon les versions). Sa fiche Wikipedia indique ainsi qu’« il est le fils d’Errol Musk, riche ingénieur et promoteur immobilier sud-africain aux origines afrikaner et anglo-sud-africaine, devenu copropriétaire d’une mine d’émeraudes en Zambie, et de Maye Haldeman, une nutritionniste et mannequin canadienne ». L’encyclopédie en ligne s’appuie sur un article de 2018  du Business Insider. « Son père, Errol Musk, avait une attitude désinvolte à l’égard de la richesse considérable de la famille, y compris les pierres provenant de la mine d’émeraudes zambienne dans laquelle Errol possédait une demi-part », peut-on lire.

La rumeur d’une mine d’émeraude

L’article raconte ensuite un épisode où le jeune Elon Musk, âgé d’environ 16 ans, avait décidé de vendre deux émeraudes au bijoutier Tiffany, lors de l’un des nombreux voyages organisé par son père. Mais cette anecdote n’a pu être confirmée par le journaliste, qui explique avoir joint Elon Musk à ce sujet sans succès. Et d’indiquer que «le père et son fils ont une histoire compliquée». Dans un autre article de l’édition sud-africaine du site d’information, Errol Musk avait raconté comment il avait obtenu la copropriété d’une mine d’émeraude en Zambie, achetée à des Italiens lors d’une escale improvisée à Djibouti. Sur Facebook, il avait réagi à la publication de l’article, en expliquant notamment ne plus percevoir de revenus de cette mine et que son implication dans cette entreprise « n’a pas aidé au succès d’Elon aux Etats-Unis ». Sur Twitter, Elon Musk s’est plusieurs fois agacé de cette rumeur. « Je n’ai pas de ‘mine d’émeraude’, et je n’ai reçu d’argent gratuit de personne, que ce soit en héritage ou autre», avait-il par exemple répondu, le 4 janvier 2020.

Toujours est-il que l’entrepreneur de 50 ans est issu d’une famille blanche sud-africaine très implantée.

« Le clan Musk est présent dans le pays depuis deux siècles environ ; il figurait dans le premier annuaire téléphonique de Pretoria », apprend-on dans la biographie de référence écrite par le journalise Ashlee Vance, en 2015 (Tesla, Paypal, SpaceX : l’entrepreneur qui va changer le monde, publié aux éditions Eyrolles). A noter que l’on ne retrouve pas de référence à l’achat éventuel de la mine, ni à ses bénéfices, dans cet ouvrage.

Alors qu’Elon Musk est encore enfant, le père dirige une lucrative affaire d’ingénierie, permettant à la famille de s’installer « dans l’une des plus grandes maisons de Pretoria ». Ces conditions confortables ont notamment permis un accès précoce aux ordinateurs et aux voyages. A 12 ans, raconte le biographe, « un journal professionnel sud-africain, PC and Office Technology, publia le code-source d’un jeu vidéo créé par lui. C’était un jeu spatial intitulé Blastar et inspiré de la science-fiction. […] L’article lui rapporta 500 dollars et donna un premier aperçu de son personnage ».

Un don de 28 000 dollars

 

A 17 ans, le jeune homme part au Canada, où il possède des attaches familiales. «En désaccord, son père lui coupe les vivres», d’après le Figaro. Dans un tweet publié en 2021, répondant à une rumeur sur l’origine de sa fortune en lien avec l’apartheid, Elon Musk indique être arrivé avec 2 500 dollars canadiens en poche. « J’ai payé moi-même mes études, et j’ai terminé avec une dette d’environ 100 000 dollars », ajoute-t-il.

Après deux stages dans la Silicon Valley, Elon Musk et son frère Kimbal fondent, en 1995, Global Link Information Network, une start-up ensuite rebaptisée Zip2. « Les frères Musk espéraient convaincre des restaurants, des boutiques de vêtements, des coiffeurs, etc., que le moment était venu de se faire connaître auprès des internautes. Zip2 créerait un répertoire d’entreprises relié à des cartes géographiques », décrit Ashlee Vance. Le lancement de l’entreprise dans un « bureau de six mètres sur neuf », à Palo Alto, en Californie, se fait avec peu de moyens, d’après le récit de Vance. Toutefois, et contrairement à ce qu’affirme le désormais patron de Space X sur Twitter, leur père a bien contribué au lancement de l’affaire (certes plus modestement que les rumeurs laissent entendre). « Errol Musk donna 28 000 dollars à ses fils pour les aider mais ils se retrouvèrent à peu près sans le sou après avoir loué leurs locaux et acheté logiciels et équipements », peut-on lire dans la biographie.

Les deux frères relèvent leur pari et l’entreprise prospère est rachetée en 1999 par Compaq Computer pour 307 millions de dollars. Avec cette vente, Elon Musk empoche 22 millions de dollars, accédant ainsi, à 27 ans, au rang de multimillionnaire. Dans la foulée, il investit, toujours selon Vance, 12 millions dans la fondation d’ X.com, une nouvelle société de banque en ligne – un concept révolutionnaire pour l’époque. En 2000, X. com absorba son concurrent Confinity, le fondateur du service de paiement en ligne PayPal. En juillet 2002, X. com, renommée PayPal entre-temps, est rachetée par eBay pour 1,5 milliard de dollars. Elon Musk, qui décide à la même époque de lancer sa propre entreprise spatiale, SpaceX, « empocha environ 250 millions de dollars, soit 180 millions après impôts – assez pour réaliser ses rêves les plus fous », conclut Ashlee Vance.

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