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En recevant le 11 mai son ministre des Affaires étrangères, Othman Jerandi, le chef de l’Etat tunisien a cru bon d’agrémenter sa tirade sur le non alignement de la Tunisie par une photo montrant l’ancien président Habib Bourguiba en compagnie de l’ancien leader égyptien, Gamal Abdel Nasser et l’ancien président algérien Ahmed Ben Bella, en affirmant : « Certains ont oublié cette photo historique prise lors de la conférence de Bandung » (N.D.R. : en Indonésie).

Fin connaisseur de l’Histoire du pays, l’expérimenté Jerandi n’a pas interrompu le président pour lui éviter ce faux pas dans l’analogie dont se prévaut Saïed qui entend manifestement tirer une forme de légitimité via la comparaison avec Bourguiba.

Une erreur spatio-temporelle de plus de huit années

Vérification faite, il convient de rappeler que la conférence de Bandung avait eu lieu du 18 au 24 avril 1955, réunissant à l’époque pour la première fois des représentants de 29 pays d’Afrique et d’Asie notamment. Ladite conférence marqua alors l’entrée sur la scène internationale des pays décolonisés du « tiers monde ». Or, à cette date, la Tunisie non encore indépendante, sous le régime du protectorat français, ne faisait pas du tout partie des pays ayant pris part à la conférence, au même titre que l’Algérie encore sous occupation française.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la Tunisie y était représentée par une délégation non-officielle du parti du Destour tunisien, et ce en présence de Salah Ben Youssef, rival nationaliste historique de Bourguiba, ce qui aggrave le contre-sens commis par le Président Saïed.

Mieux, « l’ancien leader tunisien Habib Bourguiba ne pouvait pas se trouver, physiquement, à cette conférence, puisqu’il conduisait des entretiens  1e 21 avril 1955 avec Edgar Faure afin de conclure les accords sur l’autonomie interne », confie, narquois, un historien.

Mais qu’en est-t-il donc de la célèbre photographie brandie par le président Kaïs Saïed ? Renseignement pris, il s’agit d’un cliché pris, le 15 décembre 1963, en Tunisie lors des célébrations organisées alors par Habib Bourguiba, à l’occasion de l’évacuation des troupes françaises, fin 1963, de la région de Bizerte, base navale au nord du pays.

Pour fêter cela, Bourguiba avait, en effet, convié le chef égyptien panarabiste Nasser, entre autres figures régionales montantes et influentes aux-côtés desquelles il a posé en pleine conversation et échanges triomphalistes qui marquèrent le début d’une ère de la reconstruction.

Une fois de plus, hélas, l’institution de la présidence de la République, qui a failli et récidivé dans sa communication fautive, n’a pas jugé bon à ce jour de publier un rectificatif de cette bévue qui discrédite un peu plus l’actuel exécutif.

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