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Un « trou noir » puis des heures dans l’eau, « agrippée à un débris d’avion ». Lundi 23 mai, la seule rescapée du crash a témoigné au procès de la compagnie Yemenia Airways. Cette dernière est jugée pour homicides et blessures involontaires, après la mort accidentelle de 152 morts en 2009 au large des Comores. Les expertises ont conclu que l’accident était dû à une série d’erreurs de pilotage, écartant l’hypothèse d’un missile, d’une défaillance technique de l’avion et de la foudre.

Depuis l’ouverture du procès à Paris, le banc des prévenus est vide : aucun représentant de la compagnie Yemenia n’est présent à cause de la guerre qui fait rage au Yemen, selon la défense. Bahia Bakari, 25 ans, s’avance à la barre peu après 10 heures. Elle sourit en déclinant son identité, avant de se lancer dans un récit calme et précis de la nuit de l’accident auquel elle a miraculeusement survécu, il y a près de treize ans. Le 29 juin 2009, elle a 12 ans et part avec sa mère, depuis l’aéroport de Roissy, pour assister aux Comores au mariage de son grand-père. L’avion fait escale à Marseille, puis les passagers changent d’appareil à Sanaa, au Yémen.

« Je sens comme une décharge électrique dans tout mon corps »

Ce second avion, un A310, était plus petit, « il y avait des mouches à bord et une forte odeur de toilette », décrit Bahia Bakari. Mais lors de ce vol de nuit, cela s’est passé « très normalement », jusqu’à l’atterrissage. À l’approche de Moroni, la capitale des Comores, « les conseils de sécurité ont été annoncés, les voyants pour attacher la ceinture se sont allumés ». « Je sens l’avion qui commence à descendre et je commence à sentir des turbulences, mais personne ne réagit plus que ça, donc je me dis que ça doit être normal », raconte-t-elle.

Puis, « je sens comme une décharge électrique dans tout mon corps », dit-elle. « J’ai un trou noir entre le moment où j’étais assise dans l’avion et le moment où je me retrouve dans l’eau ». Dans les vagues, « en face de moi, je vois trois débris, j’agrippe le plus grand en essayant de monter dessus mais je n’y arrive pas », poursuit Bahia Bakari, les cheveux noirs rassemblés en chignon, en chemise et pantalon blancs. « Je prends conscience de voix qui appellent à l’aide en comorien, je crie mais un peu sans espoir, parce que je réalise bien qu’il n’y a que la mer autour de moi et que je ne vois personne. » « Je finis par m’endormir agrippée au débris d’avion. Quand je me réveille, le jour se lève, je n’entends plus personne ».

Secourue après une dizaine d’heures dans l’eau

Au loin, elle voit la côte, essaie de la rejoindre mais « la mer est très agitée », raconte-t-elle, décrivant aussi « le goût de kérosène » qu’elle avait dans la bouche. « Je ne voyais pas comment j’allais m’en sortir. (…) Je voyais un avion passer au-dessus de moi mais je n’étais pas sûre qu’il m’avait repérée. J’ai trouvé le temps très, très long. » C’est la pensée de sa mère, « très protectrice », qui la fait tenir. Elle sera finalement secourue par un bateau après une dizaine d’heures dans l’eau.

Bahia Bakari s’est alors convaincue que tout le monde est arrivé et qu’elle est la seule à être tombée de l’avion. C’est une psychologue, à l’hôpital, qui lui annonce qu’elle est « la seule qu’on a retrouvée ». Rapatriée en France, elle reste une vingtaine de jours hospitalisée pour soigner des fractures au niveau de l’œil gauche, à la clavicule, au bassin, ainsi que des brûlures aux pieds et un pneumothorax. « Ce qui a été très compliqué pour moi, c’est de gérer le deuil de ma mère, j’étais très proche d’elle. » Sa voix se brise pour la première fois, elle est submergée par les larmes.

* En arabe, Bahia signifie « éclatante de beauté »

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