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POLITIQUE – « Je ne suis pas favorable à l’idée de faire entrer cent députés RN au Parlement ». Voilà ce que disait Christophe Castaner, fin 2020, à propos de la proportionnelle aux législatives, lors d’un déjeuner auquel Le HuffPost a assisté, cité par L’Opinion quelques semaines plus tard.

Dans l’esprit de celui qui est alors président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, les choses sont ainsi faites : un président élu obtient automatiquement une majorité solide et jamais le parti d’extrême droite ne percera tant que durera le scrutin majoritaire uninominal.

Ce dimanche 19 juin, au regard des résultats des élections législatives, rien n’est moins vrai. Le Rassemblement national devrait obtenir plus de 80 députés, et le marcheur historique a perdu son siège de député, alors qu’il briguait sa réélection à la tête du groupe macroniste. Un camouflet.

Angles morts

Un exemple représentatif des angles morts du logiciel du parti présidentiel, qui voit nombre de ses certitudes balayées, comme plusieurs de ses poids lourds. Président sortant de l’Assemblée nationale et proche du chef de l’État, Richard Ferrand a, par exemple, été battu dans le Finistère, tout comme plusieurs ministres, dont l’emblématique Amélie de Montchalin en charge de la Transition écologique.

Les porte-paroles de LREM ont beau se succéder sur les plateaux en affirmant que, techniquement, ils sont en première place, difficile de masquer cette gifle. Entre 2017 et 2022, la majorité présidentielle a perdu plus de 100 députés et entame le second quinquennat d’Emmanuel Macron avec deux puissants blocs d’opposition à l’Assemblée nationale : au moins 150 députés pour la NUPES et 80 pour le Rassemblement national. Pour ne rien arranger, Les Républicains auront, avec près de 70 députés, les moyens de gêner le gouvernement.

Une bérézina qui démontre que les calculs politiques d’Emmanuel Macron n’ont pas du tout fonctionné. Illustration avec sa volonté affichée en 2017 : « plus aucune raison de voter pour les extrêmes » au terme de son quinquennat. Non seulement l’extrême droite a nettement progressé en cinq ans, mais elle n’a jamais été aussi puissante à l’Assemblée nationale.

Triangulation vers la droite extrême

Il faut dire que durant le quinquennat écoulé, la Macronie -obsédée par sa volonté d’assécher Les Républicains- n’a eu de cesse de pencher sur la droite, jusqu’à reprendre mot pour mot le vocabulaire de l’extrême droite, en parlant d’ensauvagement » au sujet de l’insécurité, ou lorsque le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin jugeait en plateau Marine Le Pen « trop molle » sur l’Islam. Interviews accordées à Valeurs actuelles, note demandée à Éric Zemmour de son « plan » sur l’immigration, Emmanuel Macron lui-même a plusieurs fois nourri le récit d’un intérêt à la droite dure. Une forme de banalisation de l’extrême droite maquillée en triangulation qui s’est exprimée à un autre niveau durant l’entre-deux tours de ces élections législatives.

Incapable de donner une consigne claire en cas de duel entre des candidats NUPES et RN, la formation macroniste a préféré renvoyer la coalition de gauche et le parti lepéniste dos à dos, affaiblissant davantage ce qu’il restait du « front républicain » dans le but d’apparaître comme le seul camp crédible de l’offre électorale. Une position ambiguë qui a eu une traduction dans les urnes. « Quand on était dans des duels RN/NUPES (…) les électeurs d’Ensemble! ont refusé ce cas de figure. À 72% ils sont restés à la maison, ils se sont abstenus », a analysé sur France 2 Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos.

Erreur tactique

Une situation qui, sans surprise, revient à la Macronie en boomerang. « C’est le résultat du choix d’Emmanuel Macron, le déshonneur de ne pas choisir entre des opposants comme moi et des adversaires de la République comme l’extrême droite », a réagi sur France Inter le patron d’EELV Julien Bayou, accusant le chef de l’État d’avoir « précipité l’entrée de dizaines et dizaines de membres du Front national à l’Assemblée ».

Au delà de cet échec manifeste au sujet de la progression de l’extrême droite, Emmanuel Macron et ses troupes manquent leur pari tactique, consistant à renvoyer toute opposition aux marges de la politique. Une sorte de « there is no alternative » à la française qui a rendu le macronisme insondable, perçu comme un parti davantage intéressé par la demande que par l’offre, célébrant, au besoin, des « valeurs communes » avec Jean-Luc Mélenchon avant de le dépeindre, au besoin, comme un ennemi de la République qui conduirait la France au chaos.

Une position qui autorisait Emmanuel Macron et les candidats de la majorité à jouer la montre, avant de mener campagne sans autre argument que celui de donner une majorité au chef de l’État et d’éviter une France « ingouvernable ». Or, c’est précisément l’inverse qu’il s’est produit. Le parti qui voulait faire le vide autour de lui se retrouve pris en étau dans une Assemblée nationale qui s’annonce ingérable.

Source : HuffPost

 

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