Marguerite Stern : « Les hommes ne peuvent pas devenir des femmes même s’ils mettent des jupes »

Censurée sur Instagram et Twitter pour ses positions sur la question trans, la féministe défend son « droit au blasphème ».

Le 20 juin, mon compte Twitter a été bloqué pour la énième fois et « pour un temps indéfini », avant d’être réactivé deux jours plus tard sans plus d’explications. Dans la foulée, mon compte Instagram a également été définitivement supprimé après des vagues de signalements massives. Mon tort : avoir dit que « les femmes les plus oppressées sont désormais des hommes ». Traduisez : « les femmes les plus oppressées sont désormais les femmes trans, qui sont elles-mêmes des hommes ». Je ne comprends pas où réside le problème. Je ne fais que critiquer la croyance selon laquelle il serait possible de changer de sexe ou de genre – la construction genrée étant, j’en suis convaincue, construite sur notre sexe.

Cette croyance est sur le point de détruire beaucoup d’acquis pour les femmes. Le 19 avril 1967, Kathrine Switzer bravait l’autorité masculine pour courir le marathon de Boston – l’organisateur avait tenté de l’en empêcher physiquement – au milieu d’une foule d’hommes. Les images sont célèbres. Depuis cette époque, les femmes ont progressivement acquis le droit d’avoir leurs propres compétitions sportives, même si beaucoup de choses restent encore à améliorer.

Aujourd’hui, l’équilibre encore précaire de nos compétitions sportives est menacé par des individus mâles qui se prétendent femelles. C’est grave, et j’aimerais pouvoir continuer à me servir de mon compte Twitter pour le dénoncer. Je trouve cela d’autant plus grave qu’en réalité, je me censure déjà : j’ai déjà l’impression de faire dans le politiquement correct. Certes, je ne peux pas dire que j’ai perdu un emploi à cause de mes positions sur le transactivisme, comme c’est le cas de beaucoup de féministes comme Sasha White ou Maya Forstater dans le monde anglo-saxon, ou encore de Dora Moutot en France, qui a perdu de nombreux partenariats rémunérés parce qu’elle tient les mêmes positions que moi. La seconde a d’ailleurs gagné son procès contre la maison d’édition qui l’avait licenciée pour un tweet publié sur son compte privé, dans lequel elle rappelait que le sexe est une donnée immuable – le tribunal ayant reconnu qu’elle avait le droit de « critiquer une croyance ».

« Shadow ban » et suppressions arbitraires

Non, je ne peux pas dire que j’ai perdu un emploi pour ces raisons, parce que depuis que j’ai commencé à m’exprimer sur ce sujet, il m’a été impossible d’en retrouver un. Je suis « blacklistée » dans tous les secteurs qui m’intéressent, et dans lesquels j’ai des compétences. Je continue donc à réaliser des podcasts par mes propres moyens et grâce aux personnes qui me soutiennent, mais sans société de production. Mon équilibre financier est aussi précaire que celui des compétitions sportives féminines.

Tout ce qu’il me reste, c’est ma liberté d’expression. Et jusqu’à preuve du contraire, critiquer la croyance selon laquelle les hommes peuvent devenir des femmes s’ils mettent des jupes et du vernis à ongle relève bien de la liberté d’expression et non de l’appel à la haine – de la même façon que l’on peut critiquer n’importe quel dogme religieux sans appeler à la haine des croyants. C’est l’un des principes fondateurs de la loi de 1905.

Il y a dix ans, les procès en « x-phobie » se réglaient devant les tribunaux. Aujourd’hui, en France, des acteurs privés s’octroient le droit de border la liberté d’expression. Ils distribuent des censures, des punitions qui prennent des formes multiples telles que le « shadow ban » – une pratique qui vise à rendre moins visible un contenu, ou des suppressions arbitraires de contenus ou de compte. Autrement dit, sur l’encadrement de la liberté d’expression, l’État s’est fait doubler par Facebook et Twitter.

Je suis inquiète. Je suis une activiste de rue, pas une influenceuse. Contrairement à de nombreuses « féministes » d’aujourd’hui, j’ai fait autre chose que créer un compte Instagram alimenté par des visuels roses et bleus. Il ne s’agit pas de me vanter, mais de remettre l’église au milieu du village.

Je suis inquiète de voir mes demandes de « certifications » de compte Twitter refusées les unes après les autres parce que mes comptes ont été trop souvent signalés.

Je suis inquiète quand on me dit que pour trouver mon compte Instagram, même si l’on y est déjà abonné, il faut taper mon nom en entier dans la barre de recherche pour que mon profil s’affiche – et ce après plusieurs autres suggestions.

Je suis inquiète quand des femmes m’écrivent pour me dire que lorsqu’elles partagent mes propos sur Twitter, leurs publications sont régulièrement effacées sans raison apparente.

Je suis inquiète, parce que je ne suis pas une professionnelle des réseaux sociaux et des tactiques pour générer un maximum de « like ». En fait, cette course à l’audience me dégoûte. Mais je trouve important que mes productions ne soient pas censurées, pour que les femmes puissent y avoir accès.

« Les femmes auront des pénis le jour où les poules auront des dents »

Je me sens intellectuellement rabaissée en permanence pour ces raisons. Or, j’estime l’être déjà suffisamment lorsque je dois rappeler quotidiennement les bases de la biologie, comme le fait que les femmes n’ont pas de pénis. Des faits qui ne sont désormais plus évidents pour tout le monde.

J’essaye d’élever comme je le peux le niveau des débats sur le féminisme en réalisant des podcasts. Une tâche qui s’avère compliquée car que je les diffuse sur les réseaux sociaux. Je mets toute mon âme à tenter d’introduire plus de complexité et de profondeur dans ces sujets que dans des vidéos de trois minutes auxquelles nous devenons collectivement accros. A côté de la parole des femmes que j’interviewe, toutes ces questions d’algorithme, de censure et de « femmes à pénis » m’apparaissent bien ridicules.

La liberté d’expression est un droit fondamental. Lorsqu’elle est mise à mal lors de répressions policières violentes en manifestation, elle est clairement visible : nous avons des images qui nous permettent de les dénoncer. Mais sur les réseaux sociaux, la censure est plus insidieuse. Les preuves, moins spectaculaires. Pourtant elle règne en maîtresse.

Il y a deux ans, j’ai commencé à dénoncer les dérives du transactivisme sur Twitter. Je peux témoigner du fait que cette répression est de plus en plus violente. Affirmer que les lesbiennes n’aiment pas les pénis ou que les hommes n’ont rien à faire dans les compétitions sportives des femmes est devenu un acte de bravoure. Je reçois tous les jours des messages de femmes qui me remercient de continuer à parler, parce qu’elles n’osent pas le faire, ou parce qu’elles ont peur de la censure et du harcèlement.

Aujourd’hui, il est devenu impossible de dissocier nos vies réelles de celles que nous menons sur les réseaux sociaux pour une bonne partie de la population. Et si nous ne pouvons pas sereinement critiquer un dogme – qu’il soit politique ou religieux, c’est le signe que la liberté d’expression est en danger et que l’État doit s’en préoccuper.

Le problème dépasse largement mon cas personnel. Au fond, que je perde mon compte Twitter ou pas est un petit mal pour la femme que je suis. Mais que nous ne puissions plus critiquer un dogme et dire des vérités scientifiques est un drame pour l’Humanité.

Ici, je vais utiliser mon droit au blasphème – et je remercie la rédaction de L’Express de ne pas céder aux pressions de la secte transactiviste : les femmes auront des pénis le jour où les poules auront des dents.

Source : L’Express

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