J’ai gagné la guerre…

Tu crois que je ne sais pas ce que tu essaies de faire ? Tu veux gommer mon sourire, effacer mes souvenirs et m’empêcher de vivre. Je ne t’ai jamais invité dans ma vie mais en si peu de temps, tu as envahi mon territoire. Tu m’accules et me tortures mais je veux que tu saches que je n’ai pas peur. Tu veux me tuer avant ma mort mais je ne te laisserai guère faire.
Je ne veux pas être un mort-vivant : physiquement présent mais mort depuis longtemps. Pour être honnête, je sais que tu es plus fort et plus « badass » que moi. Par moments, je veux déposer les armes et signer l’armistice parce que je suis fatiguée. Mes moments de faiblesse semblent te calmer un peu et, quand je pense qu’enfin tu me laisses vivre, tu reviens avec une violence décuplée.

N’as-tu jamais pitié ? Je sais que je suis fière mais devant toi, je plierais genou juste pour respirer. Je ne le fais pas parce que j’ai peur de toi. La seule raison que j’ai de me rabaisser devant toi est l’amour que j’ai pour ma famille et mes amis. Pour eux, je suis prête à te supplier de me pardonner, d’avoir pitié de moi. Ces moments de faiblesse ne sont que temporaires, heureusement. Cohabiter avec toi m’a bien appris que tu n’as pas de cœur ou de sentiment, et c’est pour cela que tu prends celui des autres.
Tu ne connais pas ce qu’est la douleur, et pourtant tu l’infliges gratuitement. Parfois, je me demande ce que j’ai bien pu te faire mais je me rappelle que je ne suis pas ta seule victime. Tu choisis par tes propres critères et t’imposes.
Tu ne me connais pas. Tu as beau coloniser mon espace, tu ne sais pas qui je suis. Aujourd’hui, au crépuscule de mon existence, je vais te dire tout ce que tu m’as volé. Tu as commencé par la vie que j’ai construite pendant des années. Tu m’as défendue de travailler et j’ai accepté parce que je n’avais pas le choix. Mon temps ne m’appartient plus à cause de toi. Tu m’as volé mon innocence et ma sensibilité que je ne retrouverai plus jamais. La douleur a remplacé ma douceur, affaiblie par tant de batailles. Tout ce que tu m’as pris a changé ma vie, mais je ne te laisserai jamais me prendre ni mon courage ni ceux que j’aime. Pour leur amour, je me suis battue et maintenant que je vois le bout du tunnel, je suis plus déterminée à te prouver que gagner quinze batailles ne veut pas dire gagner la guerre. Tu n’as jamais pu extirper ma joie de vivre, mon humanité et mon espoir.
Cancer, après chaque séance de chimio, je sens mon essence vitale me quitter peu à peu. C’est dévastant mais je m’accroche. Et même si je sens la mort me guetter chaque jour, je m’accroche à la vie. J’essaie de me consoler du fait que tôt ou tard, je partirai. Et que ce soit par ta conquête dévastatrice de mes tissus mammaire, nerveux, ovariens, et de mon corps, ou par une autre circonstance, je sais que Seul le Créateur donne vie et mort. Tu étais une épreuve de ma vie, et je suis fière de t’avoir tenu tête et de m’être battue pour la vie et l’amour.
Cancer, je t’ai laissé gagner cette grande bataille mais tant qu’il y a vie, il y a espoir. Espoir qu’un jour, tous ceux qui se battent pour t’exterminer, qu’ils soient souffrants ou non, s’unissent et te montrent que tu n’es pas invincible. Un jour viendra où tu riras moins de la douleur que tu infliges.

Hommage à tous ceux qui ont combattu le cancer et à ceux qui le font jusqu’à présent. A ces femmes qui souffrent de cancer du sein.
J’ai le plus grand respect pour votre bravoure et pour ce sourire qui ne quitte pas vos lèvres malgré la douleur.

En cet Octobre Rose,
                                                                                                  Fatou Baka Diop,

Doctorante en Chimie, Université de Worcester, Massachusetts (USA)

 

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