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LA SINOVAGUE DES SUBPRIMES ? / La dette d'Evergrande en Chine ravive le spectre d'un nouveau Lehman Brothers


Rédigé le Mardi 21 Septembre 2021 à 21:38 | Lu 104 fois | 0 commentaire(s)


L'endettement du mastodonte chinois de la construction et de l'immobilier secoue les bourses mondiales et fait craindre un " effet domino ".


Le complexe résidentiel Evergrande Oasis en construction à Luoyang dans le centre-est de la Chine, le 15 septembre 2021.REUTERS / CARLOS GARCIA RAWLINS
Le complexe résidentiel Evergrande Oasis en construction à Luoyang dans le centre-est de la Chine, le 15 septembre 2021.REUTERS / CARLOS GARCIA RAWLINS
ÉCONOMIE - Des mauvais souvenirs et des signaux d’inquiétudes pour l’économie mondiale. Le promoteur immobilier Evergrande a lancé un signal d’alarme, le 14 septembre, en indiquant qu’il ne serait pas en mesure d’honorer ses obligations envers ses créanciers et qu’il avait de plus en plus de mal à faire face à sa dette évaluée à plus de 260 milliards d’euros, sur laquelle il doit actuellement rembourser des échéances d’intérêts.

Le groupe, qui dément être au bord de la faillite, a néanmoins reconnu faire face à une “immense pression” sur le plan financier, poussant les milieux économiques à s’alarmer d’une possible liquidation et de son effet domino sur l’économie chinoise et mondiale. Le groupe est devenu en deux décennies l’un des visages de la frénésie immobilière en Chine, quand des millions de ménages ont pu accéder à la propriété. Il conserverait plus de 1,4 million de logements en construction qu’il n’a plus les moyens d’achever et de remettre à ses propriétaires.

Près de 4 millions d’emplois concernés en Chine
Sa chute aurait donc des conséquences considérables sur la “stabilité sociale”, mantra de la politique du parti communiste chinois. La firme emploie 200.000 personnes et dit peser indirectement sur au moins 3,8 millions d’emplois dans le pays via ses contrats auprès de ses sous-traitants ou fournisseurs, dans un secteur qui représente pas moins de 13% du PIB du pays.

Faut-il donc s’inquiéter d’un effet systémique et d’un scénario à la Lehman Brothers, la banque américaine qui a marqué le début du séisme financier international en 2008 après s’être déclarée en faillite le 15 septembre, il y a tout juste 13 ans? “Peu probable”, selon plusieurs économistes, car les obligations de paiement d’Evergrande résident principalement en Chine. “Sur les 300 milliards de dollars de dette d’Evergrande, il y a probablement 15 milliards à l’étranger. Soit seulement 5% de l’ensemble”, estimait ce mardi 21 septembre sur franceinfo Jean-François Di Meglio, président de l’institut de recherche Asia Centre.

“Mais le risque est là si l’État chinois ne fait rien et il doit agir rapidement car plus ça dure, plus vous allez avoir un impact économique et financier négatif”, explique au HuffPost Christophe Barraud, chef économiste et stratégiste chez Market Securities, parlant d’un secteur boursier sous pression. “En Chine, les problèmes sont souvent résolus avant d’être connus de tout le monde, mais là ça ne se règle pas aussi vite que prévu, pourtant ils n’ont aucun intérêt à laisser tout ça aller dans le décor”, poursuit-il, précisant que les inquiétudes sur la santé financière d’Evergrande sont évoquées depuis plusieurs années.

“Il y a un mauvais signal qui impacte plusieurs secteurs: l’immobilier, la construction, mais aussi les fournisseurs de matières premières, comme l’acier, jusqu’à la banque. Le cocktail est explosif”, ajoute-t-il, alors que la santé de la deuxième économie mondiale interroge depuis fin juillet avec l’apparition de cas de variant Delta dans le pays, le retour de confinements locaux et la mise à l’arrêt de plusieurs usines ou ports de marchandises dans le cadre de la politique “zéro Covid” de Xi Jinping.

“Ce n’est pas le moment d’avoir un choc supplémentaire sur l’économie chinoise”, poursuit Christophe Barraud. Mais que peut faire Pékin? Renflouer Evergrande enverrait “un mauvais signal” à d’autres groupes lourdement endettés, estime auprès de l’AFP, Larry Ong, du cabinet spécialisé SinoInsider. Pékin tente justement d’éradiquer ces derniers mois des pratiques de surendettement qui fragilisent le système financier. Une nationalisation de l’entreprise reste une option, estime Deng Haozhi, spécialiste du marché immobilier chinois, qui ajoute que des collectivités locales ont d’ores et déjà repris certains projets immobiliers.

Des manifestations à travers la Chine
Pékin doit également répondre à l’inquiétude des fournisseurs non payés et des propriétaires floués qui ont protesté la semaine dernière devant le siège du groupe à Shenzhen dans le sud du pays. Des scènes inhabituelles dans un pays où les manifestations sont rarement tolérées.


À Suzhou, une ville proche de Shanghai, le groupe devait installer un grand complexe résidentiel avec écoles, parc d’attractions et un quartier commerçant de style européen. La “Cité touristique et culturelle Evergrande”, inachevée, est désormais envahie par des acquéreurs en colère qui doutent de pouvoir un jour récupérer leur argent.

Acculé, Evergrande propose désormais à ses créanciers de les rembourser... en nature, sous la forme de terrains ou de places de stationnement. Autant d’offres rejetées par les intéressés. “Ce que je veux, c’est de l’argent!”, a déclaré à l’AFP un investisseur. Je ne vais même pas regarder cette offre”.

Interrogée sur ces inquiétudes économiques, la Maison Blanche a, elle, temporisé. “Il s’agit d’une entreprise chinoise dont les activités sont d’abord concentrées en Chine, a indiqué la porte-parole Jen Psaki. Cela dit, nous surveillons toujours les marchés mondiaux, y compris l’évaluation de tout risque pour l’économie américaine et nous sommes prêts à réagir de manière appropriée si nécessaire”. Pékin le fera, sans doute, avant.








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