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LE TEMPS DES SORCIERS NOIRS / Coachs africains à la CAN 2022 : La revanche des bannis

Source : emedia.sn


Rédigé le Samedi 8 Janvier 2022 à 19:52 | Lu 51 fois | 0 commentaire(s)


Ils seront 16 entraîneurs, sur les 24 présents en terre camerounaise, à diriger leur propre sélection nationale dont ils ont, pour la plupart, défendu les couleurs au plus haut niveau en tant que joueur avant de donner de la voix du banc de touche.


Jamais dans l’histoire de la Coupe d’Afrique des Nations, on aura vu l’expertise locale valorisée à ce point. En 2019, déjà, l’on se glorifiait de voir 9 sélectionneurs africains en lice au coup d’envoi de la CAN en Egypte. Longtemps confinés aux places d’entraîneurs adjoints chargés de donner une caution autochtone aux parieurs sur les sorciers venus d’ailleurs, les entraîneurs africains savourent leur revanche, dans un contexte particulier où sept de leurs collègues (dont cinq européens) ont quand même été limogés avant le début de la phase finale de cette CAN, après en avoir décroché la qualification il y a quelques mois.

Aujourd’hui, si les trois quarts des coaches sont du continent, l’on ne pourrait fermer les yeux sur l’influence manifeste du résultat hautement positif de leurs meilleurs ambassadeurs de ces dernières années : l’Algérien Djamel Belmadi et le Sénégalais Aliou Cissé. Finalistes en 2019 après avoir balayé en demi-finales le franco-allemand Gernot Rohr (Nigeria) et le Français Alain Giresse (Tunisie), Belmadi et Cissé ont certainement donné un signal fort qu’on pouvait les choisir sans que cela ne soit par défaut. Leur parcours aura été une excellente publicité pour l’expertise locale. Il s’agira donc de voir s’il ne s’agit pas que d’un effet de mode mais d’une réelle volonté de faire confiance au produit d’ici.

LA FRANCE EN PERTE DE VITESSE

Autre remarque : la présence d’entraîneurs français a rarement été aussi faible. Ils ne seront que trois, Patrice Beaumelle à la tête de la Côte d’Ivoire, Didier Gomes sur le banc des Mourabitounes de la Mauritanie et Patrice Neveu, guide des Panthères du Gabon.

Il ne faudra pas non plus occulter le fait que le passage d’une CAN à 24 équipes a également grandement contribué à installer les techniciens africains. Certaines sélections, n’ayant pas les moyens de filer un gros chèque à un technicien venu d’ailleurs pour diriger, à tout casser, une dizaine de matches par an, se contentent de locaux, pouvant être renvoyés au moindre couac,
sans bruit ni crainte de poursuites judiciaires pour rupture abusive de contrat, mais avec la possibilité de pouvoir opérer à une récupération politique en cas de succès, avec tout un discours sur la confiance en l’expertise locale.

BELMADI, CISSÉ, MAGASSOUBA, MALO… POUR RÉHABILITER FEU STEPHEN KESHI

Sans faire la fine bouche, l’on pourra réellement chanter cette confiance quand on en arrivera à un niveau où la norme sera de choisir un entraineur africain - pas forcément national - au détriment d’un autre sur la base, uniquement, de ses compétences. En 2022, Feu Stephen Keshi doit faire des émules un peu partout dans le continent. Le brillant technicien nigérian a réussi l’exploit de qualifier le Togo à la Coupe du monde 2006 au détriment du Sénégal du Français Guy Stephan, avant de devenir prophète chez lui en conduisant son pays, le Nigeria, au sacre continental de 2013, devenant ainsi le deuxième Africain à remporter la CAN en tant que joueur et entraîneur, après l’Egyptien Mahmoud El-Gohary. Cela n’a, malheureusement, pas suffi à lui donner le crédit qu’il aurait réellement mérité pour son brillant parcours quand les sorciers d’Europe sont portés au pinacle pour beaucoup moins, avec surtout le privilège du droit d’échouer.

Près de 10 ans après qu’il a succédé au tout aussi brillant Hervé Renard vainqueur avec la Zambie (2013) et la Côte d’Ivoire (2015), la légende Keshi est presque effacée de la mémoire collective. Belmadi a superbement pris le relais en remportant le trophée avec brio en 2019 avec son Algérie. Cissé marche tant bien que mal sur ses traces en empilant les records de longévité et de participation sur le banc du Sénégal. Il y en a d’autres qui méritent d’être sous les feux des spotlights. Kamou Malo fait un travail remarquable avec les Etalons du Burkina Faso, tout comme Mouhamed Magassouba avec le Mali. Il y a aussi ceux qui n’ont pas forcément une grosse sélection sous la main mais qui arrivent à donner à leurs équipes des émotions extraordinaires comme une première qualification en CAN. Baciro Kandé enchaine avec la Guinée-Bissau tandis qu’Amir Abdou voit son pays, les Comores, goûter pour la première fois de son histoire aux délices d’une CAN.

Babacar Ndaw FAYE
Envoyé spécial au Cameroun









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