riopost
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

OM : Le message d'Eyraud aux jeunes Africains, après la mort de Doudou Faye à 14 ans

Source : BFM avec RMC


Rédigé le Mardi 17 Novembre 2020 à 17:04 | Lu 100 fois | 0 commentaire(s)


Jacques-Henri Eyraud, le président de l’OM, a co-signé ce lundi une tribune dans Le Monde en compagnie de Saër Seck, le président de l'Institut Diambars. Les deux dirigeants y adressent un message aux jeunes Africains qui rêvent de rallier l’Europe pour percer dans le foot. Un texte en réaction à la disparition tragique d’un Sénégalais de 14 ans, Doudou Faye, placé sur une pirogue par son père et mort en mer.


C’est une histoire qui brise le cœur. Et qui fait beaucoup parler en ce moment au Sénégal. Doudou Faye, un adolescent de 14 ans, est mort en mer après avoir tenté de rejoindre l’Europe afin de devenir une star du foot. Selon Le Parisien, son père l’a confié à des passeurs qui l’ont emmené en pirogue. Direction l’Espagne, puis l’Italie, où un soi-disant club pro l’attendait. Le garçon, qui évoluait au centre de formation de Saly (près de Dakar), est tombé malade durant la traversée, extrêmement dangereuse. Il aurait succombé sur l'embarcation, avant que les passeurs ne jettent son corps par-dessus bord. Son père, Mamadou Lamine Faye, a été arrêté pour " homicide involontaire et complicité de trafic de migrants ". Malgré leur identification, les passeurs seraient toujours dans la nature.

Une tragédie qui a poussé Jacques-Henri Eyraud à réagir. Dans une tribune publiée dans Le Monde et co-signée avec Saër Seck (président de l'Institut Diambars, président de la Ligue sénégalaise de football professionnel et vice-président de la Fédération sénégalaise de football), le président de l’OM adresse un message aux jeunes Africains qui rêvent de faire carrière sur les terrains d’Europe. " Nous pensons aujourd’hui aux copains de Doudou et à tous les enfants, de la banlieue de Dakar aux cités de Marseille, que le football fascine. Et à tous ceux que la misère pousse à suivre les traces de Sadio Mané ou Boubacar Kamara ", peut-on lire dans ce texte.

" n’y a pas de filière ou de voie tracée "
Eyraud et Seck y adressent plusieurs conseils à ceux qui pourraient être tentés de risquer leur vie dans l’espoir de rejoindre le Vieux Continent. En les invitant déjà à se montrer patients : " A 14 ans, vous avez encore tout à prouver et rien n’est écrit à cet âge dans le football ". Et en leur rappelant qu’à peine 1% des footballeurs réussissent une carrière professionnelle : " Rien ne sera facile. Il n’y a pas de filière, de voie tracée, de recette universelle ". Les deux dirigeants expliquent ensuite que le football est avant tout " une école de la vie ", qui permet de découvrir des valeurs telles que " le don de soi ", " l’esprit d’équipe " ou " la discipline ".

Les jeunes Africains sont enfin invités à ne surtout pas négliger leur apprentissage scolaire : " L’école permet d’acquérir des savoirs et des savoir-être pour devenir un jour un esprit libre ". Le texte conclut, avec émotion : " Nous aimons rêver. Nous avons eu cette chance d’accomplir beaucoup de nos rêves. Mais nous avons réalisé ces rêves parce que nous avons fait confiance à un homme, une femme, souvent un mentor, un éducateur ou un enseignant désintéressé qui ne voulait rien d’autre que notre épanouissement. On doit rêver à 14 ans ! Mais à cet âge, aucun rêve, quel qu’il soit, ne devrait terminer au fond de la Méditerranée ".

Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité de la lettre-tribune de Jean-Jacques Eyraud, co-signée par Saër Seck.


" Nous avons en commun la passion du football. Baignées toutes les deux par le soleil, nos villes ont l’eau comme horizon. L’Atlantique pour Dakar, la Méditerranée pour Marseille. Et ce sont dans les eaux de la Méditerranée qu’un jeune Sénégalais de 14 ans, Doudou Faye, est mort la semaine dernière.

Quatorze ans n’est pas un âge pour mourir sur un bateau aux mains de passeurs sans scrupule. Doudou rejoignait l’Italie car on lui avait promis que son talent de jeune footballeur allait lui ouvrir des portes. Mais voilà, il n’aura pas eu l’occasion de le démontrer. Et s’il avait pu rejoindre les côtes italiennes, les promesses auraient certainement laissé la place à une réalité plus brutale.

Une enquête est en cours et nous ne nous concentrerons pas ici sur les responsables de ce drame et le fait qu’un père ait pu un jour mettre son enfant seul dans un bateau pour l’Espagne puis l’Italie. Mais parce que nous sommes fondamentalement des éducateurs effondrés par cette tragédie, nous pensons aujourd’hui aux copains de Doudou et à tous les enfants, de la banlieue de Dakar aux cités de Marseille, que le football fascine. Et à tous ceux que la misère pousse à suivre les traces de Sadio Mané ou Boubacar Kamara, notre responsabilité est de leur dire ceci :

1) N’écoutez pas les voix malhonnêtes et intéressées qui vous expliquent à quel point votre talent est hors normes. A 14 ans, vous avez encore tout à prouver et rien n’est écrit à cet âge dans le football. Regardez les joueurs qui remportent les compétitions réservées aux moins de 17 ans et analysez ceux d’entre eux qui jouent encore les premiers rôles sur un terrain de football cinq ans plus tard. Vous verrez qu’ils sont peu nombreux.

2) L’Europe du football et ses chimères, l’image du footballeur millionnaire qui voyage en avion privé et roule en voiture de course, masquent une réalité beaucoup plus terre à terre. Quelle que soit la latitude sous laquelle vos rêves vous mènent, devenir un joueur de football professionnel concernera 1 % d’entre vous. Et encore. Rien ne sera facile. Il n’y a pas de filière, de voie tracée, de recette universelle.

3) Quand on a 14 ans, mieux vaut donc se concentrer sur une étape essentielle sans laquelle rien n’est possible. Comprendre que le football est d’abord une école de la vie. Puiser dans les valeurs du jeu, le don de soi, l’esprit d’équipe, la discipline et la rigueur, pour se construire en tant que jeune homme ou jeune femme. Accepter la défaite, être humble dans la victoire, rester à l’écoute de l’autre sans qui rien n’est possible, sur un terrain comme dans la vie.

4) Enfin, ne jamais oublier qu’à côté du football, l’école est un socle essentiel qui permet d’acquérir des savoirs et des savoir-être vous permettant de devenir un jour un esprit libre. Tenir le plus longtemps possible le rythme du terrain et de l’école devrait être un objectif majeur quand on a 14 ans et qu’on joue au football.

Nous aimons rêver. Nous avons eu cette chance d’accomplir beaucoup de nos rêves. Mais nous avons réalisé ces rêves parce que nous avons fait confiance à un homme, une femme, souvent un mentor, un éducateur ou un enseignant désintéressé qui ne voulait rien d’autre que notre épanouissement. On doit rêver à 14 ans ! Mais à cet âge, aucun rêve, quel qu’il soit, ne devrait terminer au fond de la Méditerranée. "








Derniers tweets


Derniers connectés


(Livre) " Sexe, race et colonies " : " Un viol qui a duré six siècles "

L'Obs

L'ouvrage collectif " Sexe, race et colonies " est un événement. Pascal Blanchard, copilote du projet, et Todd Shepard, l'un des contributeurs américains, expliquent à " l'Obs " le plus grand tabou de la colonisation.

Babacar Gueye
30/09/2018